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Cinq mouvements à risques et leurs solutions sécuritaires

Peu importe notre profession, notre rythme de vie ou nos loisirs, nous avons tous à soulever, transporter, tirer ou pousser des charges de tous poids et volumes. La plupart de ces charges nous semblent anodines, nous exécutons les mouvements sans trop y réfléchir puisque nous croyons la tâche sans risque. Il faut savoir cependant que ce n’est pas la charge qui risque de nous blesser mais bien la façon dont nous la manipulons.

Aider vos collègues de travail et vos amis en leur partageant ces savoirs. Cinq mouvements à risques sont décrits, exemples à l’appui, et des solutions sécuritaires vous sont proposées afin de diminuer les risques de blessure. Bien entendu, plusieurs éléments entrent en ligne de compte en matière de manipulation de charges ; nous abordons ici la question de façon plus générale. L’important est de comprendre que la mise en pratique de principes simples liés à la posture peut faire une grande différence pour votre santé physique.


A) Les flexions avant

flexion avantLa flexion avant est une position dans laquelle le tronc est incliné vers l’avant. La colonne vertébrale ne respecte pas ses trois courbures naturelles. C’est ce que l’on appelle communément « avoir le dos rond ».

Exemples :

  • Ouvrir le tiroir inférieur d’un coffre à outils sur roulettes.
  • Poser du recouvrement de plancher.
  • Travailler sur une chaîne de montage dont le convoyeur est bas.
  • Répondre au téléphone situé profondément sur le bureau.
  • Sortir son enfant du siège de la voiture.

Dans la position de flexion avant, les structures formant et entourant la colonne vertébrale sont exposées à une tension. Comme les vertèbres ne sont pas parfaitement bien alignées, elles provoquent une pression inégale sur les disques intervertébraux. Ainsi, les structures du bas du dos : ligaments, muscles, tendons et disques sont tendues, comme on le voit dans l’image ci-dessous qui montre la pression imposée au disque par le mouvement de flexion avant.

colonne vertébrale Posture sécuritaire :
Respect des 3 courbures
Bonne posture
Posture à risques :
Non-respect des 3 courbures
mauvaise posture

À court terme, les ligaments et les muscles entourant la colonne vertébrale, qui ont aussi pour rôle de maintenir les os en place et de permettre les mouvements du dos, sont pour leur part étirés du côté postérieur de la colonne vertébrale. En surexposant les ligaments et les muscles aux flexions avant, on augmente du même coup les risques d’entorses et d’élongations musculaires.

Il va sans dire que les mouvements en flexion avant avec le dos arrondi ne permettent pas d’utiliser toute la capacité musculaire des jambes. De plus, le centre de gravité du corps se déplace vers l’avant, augmentant le risque de perte d’équilibre si, par exemple, on se fait surprendre par le poids de la charge à manipuler.

Quelques solutions sécuritaires pour diminuer les risques :

  • Utiliser la grande capacité en force musculaire des jambes plutôt que le dos pour soulever ou déplacer des charges.
squat
 
demi-squat
 
Plusieurs recherches prouvent que la contraction volontaire des abdominaux diminue l’effort des muscles du dos
Contraction des dorsaux et bascule du bassin vers l’avant lorsque l’on ne peut pas plier les genoux
  • Respecter les trois courbures naturelles de la colonne vertébrale en basculant son bassin vers l’avant ou en contractant ses muscles dorsaux afin de créer le creux lombaire
  • S’assurer d’être le plus près possible du centre de gravité de la charge manipulée
  • S’assurer que les pieds sont orientés dans la direction de l’effort à exécuter afin de pouvoir faire un transfert de poids d’une jambe vers l’autre pendant l’effort
  • Adapter la hauteur de la surface de travail pour éviter de travailler le tronc incliné vers l’avant
  • Contracter les abdominaux

B) Les flexions latérales

La flexion latérale est une position dans laquelle le tronc est incliné vers un côté et où, les épaules ne sont plus parallèles aux hanches.

flexions latéralesExemples :

  • Ouvrir l’ordinateur situé sous le bureau
  • Transporter une charge à poignée comme une mallette, une chaudière, un sac d’épicerie
  • Transporter des feuilles de contreplaqués
  • Ramasser un crayon tombé au sol en demeurant assis
  • Parler au téléphone en coinçant l’acoustique entre l’épaule et l’oreille. (flexion latérale de la tête)
  • Transporter un sac à dos en n’utilisant qu’une seule courroie

Ce mouvement amène les structures de la colonne vertébrale à réagir de la même façon que lors de la flexion vers l’avant, soit en étirant les structures opposées au mouvement de flexion. Par contre, nous constatons une grande différence dans l’amplitude du mouvement. En fait, la colonne vertébrale a beaucoup plus d’amplitude en flexion avant qu’en flexion latérale. Bien des gens sont en mesure de toucher leurs pieds en s’inclinant vers l’avant. Par contre, il n’est pas possible d’en faire autant en s’inclinant sur le côté. Cette flexibilité réduite en flexion latérale est due, entre autres, à la forme des vertèbres.

Lorsque le corps est en flexion latérale, des épines situées sur les vertèbres se rapprochent, limitant ainsi l’amplitude du mouvement. Sur la face frontale des vertèbres, ces épines sont inexistantes, ce qui permet plus de mouvement en flexion avant. En considérant cette différence anatomique, il est facile de comprendre que la marge de manœuvre est moins grande en flexion latérale, ce pourquoi nous devons diminuer les mouvements et positions de flexion latérale.

Quelques solutions sécuritaires pour diminuer les risques :

  • Se placer face à la charge pour la soulever
  • Lors du transport d’une charge à poignée, changer de main régulièrement pour éviter de surcharger une articulation. Prendre la charge à deux mains pour répartir le poids sur les deux épaules, si possible
  • Contracter les muscles abdominaux et dorsaux pour stabiliser la position de la colonne vertébrale
  • Utiliser les deux courroies pour transporter un sac à dos
  • Contracter les muscles abdominaux

fente-avant

 

C) Les rotations

rotationsUn mouvement est exécuté en rotation (torsion) lorsque les épaules pivotent sans que les hanches ou les pieds bougent.

Exemples :

  • Travailler dans un escabeau ou une échelle
  • Déplacer une charge d’un chariot vers une table de travail
  • Pelleter de la neige sans déplacer les pieds
  • Ramasser les papiers sur une imprimante sans se lever

Comme on peut le constater, les mouvements en rotation sont très fréquemment observables. D’un point de vue anatomique, ces mouvements entraînent un grand risque de blessure. Les ligaments, ces structures semi-rigides qui permettent de maintenir les os en place, sont dans leur position naturelle lorsque la colonne vertébrale est droite et alignée. Dans les mouvements de rotation, les vertèbres se déplacent les unes par rapport aux autres. Une tension s’exerce alors sur les ligaments pour limiter le déplacement des vertèbres. Si la grande amplitude du mouvement exécuté met trop à l’épreuve la résistance du ligament, ce dernier risque de s’étirer ou de se déchirer provoquant du même coup l’entorse. Il en va de même pour les muscles et tendons.

Quelques solutions sécuritaires pour diminuer les risques :

  • Déplacer les pieds en suivant le mouvement des épaules, de cette façon ce sont les jambes qui déplacent la charge et non le haut du corps
  • Dans une échelle ou un escabeau, poser si possible les pieds sur deux marches différentes pour pouvoir se placer face au travail
  • Pour transférer des charges latéralement au sol, placer ses pieds à une distance un peu plus que la largeur des épaules de façon à avoir une plus grande stabilité et du même coup, à permettre de faire un transfert de poids facilement d’un pied vers l’autre. Vous pouvez aussi ouvrir les pieds pour faciliter le transfert
  • Se placer à mi-chemin entre l’endroit de la prise et celui du dépôt afin de diminuer l’amplitude de la rotation. Cette façon de faire constitue un compromis entre une technique parfaite et la rotation de trop grande amplitude lorsque la fréquence des mouvements est élevée ou que l’espace disponible n’est pas suffisant pour déplacer le corps au complet

rotations

 

D) Les grandes amplitudes

grandes amplitudesOn considère qu’un mouvement à une grande amplitude lorsque les coudes s’éloignent du corps vers l’avant ou vers le haut et lorsque tous les mouvements précédemment décrits sont exécutés près de l’amplitude maximale.
Exemples :

  • Remplacer un luminaire
  • Travailler dans un faux plafond
  • Atteindre des volumes de références situés dans la huche lors du travail de bureau
  • Remiser de l’équipement sur une tablette élevée par rapport au sol
  • Soulever une pièce placée au fond de la surface de travail

Lors d’opérations effectuées avec des mouvements de grandes amplitudes, le risque réside essentiellement dans la modification des courbures naturelles de la colonne vertébrale et dans l’étirement des structures comme les ligaments, les muscles et les tendons. Lorsqu’on exécute des tâches où les coudes s’éloignent vers l’avant, le creux lombaire s’efface peu à peu de la même manière que lors des flexions vers l’avant. Pour remédier à cette situation, les solutions sécuritaires proposées dans la section sur les flexions avant s’appliquent.

Lorsque les tâches obligent les coudes à s’éloigner du corps vers le haut, le creux lombaire a tendance à augmenter. Dans ces cas-ci, la partie postérieure des disques est compressée et le noyau du disque est projeté vers l’avant. Les ligaments retenant les disques et les vertèbres en place se fatiguent et la force musculaire disponible est diminuée.

Quelques solutions sécuritaires pour diminuer les risques :

  • Utiliser un tabouret, un « marchepied » ou, un escabeau pour pouvoir travailler à une hauteur convenable
  • Contracter les muscles abdominaux. Cette technique permet au bassin de basculer vers l’arrière et ainsi diminuer le creux lombaire et de bien répartir la pression sur les disques
  • Placer les pieds un devant l’autre pour permettre un transfert de poids d’une jambe vers l’autre lorsqu’on tire une charge ou qu’on la pousse
  • Approcher les charges le plus près possible de soi avant de les soulever pour éviter de surcharger les muscles stabilisateurs de la colonne vertébrale

E) L’effort statique

L’effort statique est un effort effectué sans qu’il n’y ait de déplacement d’une articulation tout en luttant contre la gravité.

travail musculaire statiqueExemples :

  • Pour le haut du corps, faire de la saisie de données durant une longue période en position assise
  • Pour les épaules, peindre un plafond
  • Pour les avant-bras, souder des structures métalliques
  • Pour le dos, faire la jonction de câbles de télécommunication
  • Pour les bras, maintenir une pièce en place d’une main et la fixer avec l’autre main
  • Pour les jambes, travailler dans une échelle ou un escabeau

La fatigue qui s’accumule dans une région musculaire est due à un manque de circulation sanguine provoqué par l’absence de mouvement. Pour un être humain, l’énergie nécessaire à produire un effort provient de la transformation des glucides, protéines ou lipides provenant de l’alimentation et ainsi que de l’oxygène de la respiration. En bref, glucides + protéines + lipides + oxygène = énergie. Ces sources énergétiques sont véhiculées par le sang. Lorsque le muscle est au repos, la circulation sanguine est tout à fait normale, approvisionnant suffisamment les muscles pour assurer le confort. Par contre, pendant un effort physique, il y a une contraction musculaire qui perturbe la circulation sanguine. Si cette contraction musculaire sans mouvement se prolonge longtemps, ce que l’on appelle la contraction musculaire statique, l’irrigation sanguine du muscle diminue et la fatigue s’installe. Apparaissent ensuite l’inconfort et autres sensations de fatigue musculaire.

Quelques solutions sécuritaires pour diminuer les risques :

  • Organiser le travail pour permettre plus de mouvements
  • Prendre des pauses plus fréquentes
  • S’assurer d’être dans la position la moins exigeante, si elle doit être maintenue pendant une longue période
  • Approcher de soi les tâches à effectuer. Par exemple, au travail de bureau, approcher la souris afin que le coude soit à 90 degrés et près du corps et que l’avant-bras soit parallèle au sol
  • Permettre le transfert de l’effort vers d’autres muscles
  • Varier les tâches
  • Étirer les muscles maintenus dans un effort statique

position au bureau

Dans la vie de tous les jours, nous devons tous nous incliner vers l’avant, sur le côté, faire des mouvements en rotation ou de grandes amplitudes ou encore maintenir une position statique pendant une longue période. Les cinq mouvements à risques décrits dans ce texte ne sont pas des mouvements que l’on doit nécessairement éviter. Ce sont plutôt des mouvements que l’on doit contrôler lorsqu’ils sont exécutés, particulièrement avec une charge.

En comprenant les risques courus lorsqu’on exécute incorrectement ces mouvements, il est plus facile de mettre en application les différentes solutions. Il n’est jamais trop tôt ou même trop tard pour bien faire. Investir dans la santé physique n’est pas sorcier ! Il suffit de corriger vos postures, et les structures de votre corps vous récompenseront en demeurant longtemps stables, fortes, flexibles et résistantes.

Au plaisir de vous aider.

L’équipe Entrac

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