La réadaptation physique, de
la réinsertion vers la prévention
La clef du succès:
des pistes de solutions et des actions où tout le monde
y gagne
Dans un contexte d'entreprise, quand un employé se
blesse, tous les partis sont affectés. Pour une compagnie,
cela représente des coûts directs et indirects qui
deviennent rapidement importants. La personne blessée, quant à elle,
souffre physiquement et se voit limitée dans sa liberté d'action.
Une recherche1 récente sur les maux de
dos a été rigoureusement orchestrée, dans
la région de Sherbrooke, par un groupe de médecins.
Les résultats démontrent qu'une prise en charge multidisciplinaire
des maux de dos qui tient compte de la personne, de son entourage,
de son milieu professionnel, de son poste de travail et de ses
antécédents, accélère le retour au
travail. Dans cette optique, voici les éléments essentiels à considérer
afin que l'employeur et l'employé prennent la meilleure
décision en réadaptation et que ce dernier, en plus
de retourner rapidement au travail, voit les risques de récidive
diminuer et retrouve une efficacité dans sa tâche, à court,
moyen et à long terme.
Un éventail de lésions
possibles
Les tendinites, les bursites, les entorses, les
claquages, les capsulites, les torticolis, les hernies discales,
les lésion méniscales et l'arthrose sont les lésions
musculo-squelettiques les plus connues du public. Pourtant, beaucoup
d'autres types de troubles musculo-squelettiques sont expérimentées
par les travailleurs chaque année. Les atteintes de nerfs,
les instabilités, les rétractions musculaires, les
déséquilibre musculaires sont des problèmes
qui, s'ils sont moins connus, sont pourtant fréquents. Parallèlement,
l'existence de maladies (ex. arthrite) reliées aux os, aux
muscles, aux nerfs ou aux vaisseaux sanguins, vient parfois alimenter
les problèmes. Considérant l'éventail des
diagnostics possibles lorsque l'on fait face à une situation
de blessure, il est important de consulter rapidement et de choisir
un professionnel compétent.
L'importance d'agir rapidement
Dans un environnement proactif, un employé devrait être
amené à consulter dès la manifestation des
premiers symptômes (inconfort persistant, douleur fréquente,
perte de mouvement au cou, tension musculaire) afin d'agir immédiatement
sur l'origine du problème. De cette façon, les capacités
fonctionnelles de l'employé sont restaurées rapidement
et le lien d'emploi persiste. Malheureusement, c'est souvent lorsque
les symptômes l'empêchent de fonctionner que l'employé consulte.
Le temps presse alors de trouver la pilule miracle pour éliminer
la douleur ! Mais puisque cette pilule n'existe pas, que pouvons-nous
faire et surtout, qui consulter ?
Qui consulter ?
Tout d'abord, il est important de s'assurer que
les symptômes sont bien d'ordre musculo-squelettique, c'est-à-dire
qu'ils ne sont pas causés par une maladie (arthrite) ou
une tumeur cancéreuse, par exemple. Une masse à l'abdomen
peut amener des symptômes dans la région du dos et
des cuisses. Lorsque les gros problèmes ont été éliminés,
il est important de cibler la zone affectée et déterminer
la problématique afin d'orienter immédiatement le
traitement dans la bonne direction.
Consulter son médecin, en premier lieu,
est une option intéressante. Par contre, il est important
que ce dernier réfère l'employé en physiothérapie
afin d'assurer un suivi en réadaptation. Il est également
possible d'aller voir directement un physiothérapeute, lequel
est outillé pour évaluer adéquatement le problème
et s'assurer qu'il est bien d'ordre musculo-squelettique. Il est
important de savoir que les physiothérapeutes sont compétents
et reconnus, à l'heure actuelle, pour évaluer et
traiter un problème musculo-squelettique de façon
sécuritaire.
Comment
choisir le bon physiothérapeute?
L'Ordre professionnel des physiothérapeutes
du Québec a pour mandat, tel que stipulé dans le
Code des professions L.R.Q., chapitre c-26, de protéger
le public qui fait appel aux services professionnels d'un physiothérapeute.
Malgré cela, en physiothérapie, comme dans toutes
les professions, il existe des bons et des mauvais professionnels.
Si l'OPPQ se charge d'assurer une pratique sécuritaire en
physiothérapie au Québec, comment choisir un professionnel
compétent ?
La formation universitaire a beaucoup évoluée
et les jeunes finissants sont beaucoup mieux outillés qu'il
y a 20 ans lorsqu'ils entrent sur le marché du travail.
Malgré cette évidence, certains cours de formation
continue sont essentiels au développement des physiothérapeutes..
Malheureusement, faute de temps et d'argent, ce n'est pas la majorité des
physiothérapeutes qui suivent ces formations. La responsabilité appartient
au client de cibler les bons intervenants.
Plusieurs optiques d'intervention existent, à l'heure
actuelle, pour aborder un problème musculo-squelettique.
La thérapie manuelle orthopédique(TMO) est l'approche
scientifique qui est utilisée en physiothérapie pour
la réadaptation des blessures musculo-squelettiques. Plusieurs
des cours de formation continue, offerts aux physiothérapeutes,
sont des cours de TMO. Il existe quatre niveaux en TMO. Avec un
niveau 2, un physiothérapeute a les compétences pour
faire face à la majorité des problèmes et
peut vous offrir un service adapté. Ainsi, lorsque vient
le temps de choisir un physiothérapeute, il est important,
bien sûr, de considérer son expérience clinique
mais également de s'assurer qu'il fait régulièrement
des cours de perfectionnement. La qualité des cours suivis,
jumelée à l'expérience clinique forment un
duo directement proportionnel à la compétence du
physiothérapeute et à l'efficacité de son
intervention.
Qu'est-ce que la TMO ?
Plusieurs moyens sont utilisés par les
physiothérapeutes pour travailler. L'observation, la palpation
(positions des segments ou repères anatomiques, tension
musculaire, signes inflammatoires, points douloureux), les mobilisations
actives ou auto-passives, les mobilisations passives et les manipulations.
Tous ces termes semblent très techniques à priori
mais ils témoignent de l'objectivité de la TMO. Dans
cette optique, une bonne connaissance de l'anatomie, de la biomécanique,
de la pathologie, des indications et des contre-indications à la
TMO ainsi qu'une dextérité manuelle sont des qualités
essentielles que l'on retrouve chez un physiothérapeute
spécialisé en thérapie manuelle orthopédique.
La thérapie manuelle orthopédique
comprend l'évaluation et le traitement de pathologies neuro-musculo-squelettiques à l'aide,
entre autres, de techniques manuelles. Les buts de cette approche
sont de diminuer la douleur et les tensions musculaires, d'augmenter
la flexibilité des muscles, la mobilité des nerfs
et des articulations, ainsi que d'améliorer l'hygiène
posturale et la fonction globale de l'individu. Par exemple, si
une zone de la colonne vertébrale est très peu mobile
cela peut favoriser une hypermobilité (qui bouge trop) dans
une zone voisine et engendrer un problème majeur. En intervenant
rapidement sur la zone hypomobile (qui ne bouge pas assez), par
des techniques de TMO, il devient possible d'éviter l'installation
d'un nouveau problème qui, souvent, est beaucoup plus difficile à traiter.
D'autre part, certaines techniques et exercices utilisés
en TMO permettent une rééducation musculaire spécifique à la
zone problématique. De cette façon, l'intervention
permet à la fois une récupération du mouvement
de l'articulation problématique mais également
une rééducation musculaire pour assurer la stabilité du
segment. Bien sûr, le but ultime de l'intervention est l'amélioration
de la fonction du travailleur et ainsi permettre soit le maintien
du lien d'emploi ou le retour à ses activités.
Mais comment s'assurer que le problème ne reviendra pas
?
L'importance
du travail à la source
Pour éviter une rechute des problématiques
de santé, il est impératif de travailler sur la source
du problème. Un programme de réadaptation physique
doit donc se pencher sur la blessure, d'une part, mais également
sur les agents causals. La première étape touche
la dimension interne du travailleur, c'est-à-dire ses capacités
physiques et l'utilisation adéquate de son corps pour son
travail. La deuxième étape doit se concentrer sur
la dimension externe au travailleur , soit son environnement. Donc,
il est important, d'une part, d'augmenter les capacités
physiques du travailleur mais il est également essentiel,
pour maximiser sa réinsertion, d'éliminer ou de minimiser,
si cela s'applique, les facteurs de risque reliés à son
environnement. Ainsi, une approche optimale vise à combattre
le problème à la source, en dégageant des
pistes de solution concernant la rééducation physique,
l'ergonomie et les méthodes de travail. Bien sûr,
les aspects psycho-sociaux de la situation doivent être pris
en considération dans tout le processus de réadaptation.
C'est ici que prend son importance le travail de l'équipe
multidisciplinaire. Dans cette optique, une intervention simultanée
en physiothérapie et en ergonomie permet d'orienter rapidement
le travailleur vers un retour à ses activités normales.
L'importance d'aller sur le terrain
Dans une situation réelle, une modification
adéquate de l'environnement du travailleur selon la capacité de
réadaptation dans le temps de ce dernier permet un résultat
optimal. Bien sûr, le travailleur doit apprendre à utiliser
adéquatement son nouvel environnement ainsi qu'à gérer
personnellement, et de façon efficace, son niveau de capacité physique.
Afin d'optimiser le travail en équipe, il est essentiel
que chacun des membres de l'équipe de réadaptation
observe le travailleur dans son environnement et en identifient
les éléments problématiques. De cette façon,
on travaille sur tous les plans afin de favoriser des résultats
efficaces et durables. L'idéal est donc de choisir une équipe
d'intervention multidisciplinaire qui travaille sur le terrain.
La
réadaptation physique, où récupération
et prévention vont de pair
Dans un contexte multidisciplinaire, lorsque tous
les professionnels travaillent dans la même direction, les
résultats sont concluants. Les membre de l'équipe
de réadaptation doivent, pour cela, tenir compte de la personne,
de son entourage, de son milieu professionnel, de son poste de
travail et de ses antécédents.
Lorsqu'un travailleur intègre un programme
de réadaptation, le physiothérapeute doit évaluer
et analyser la situation à travers les deux dimensions,
physique et environnementale, afin d'établir un plan d'action,
en collaboration avec l'ergonome, et dégager des pistes
de solutions précises. Ainsi, un plan de traitement pour
améliorer les capacités fonctionnelles du travailleur
est établi simultanément avec un plan d'action pour
optimiser l'environnement du travailleur, lorsque cela s'applique.
C'est donc le physiothérapeute qui accompagne le travailleur à travers
le programme de réadaptation physique qui a été établi à partir
des données ressorties lors de l'analyse de la situation.
L'équipe complète l'intervention au poste de travail.
Dans un second temps, la réadaptation physique
vise l'augmentation des capacités fonctionnelles reliées à la
tâche que fait le travailleur et ce, dans un contexte préventif.
Le travail du professionnel en réadaptation physique, à cette étape,
consiste à déterminer les qualités physiques
spécifiques nécessaires au travail (force et endurance
musculaire, amplitude articulaire, etc.), afin de les augmenter.
La tâche du physiothérapeute et du kinésiologue
consiste à concevoir, pour le travailleur, un programme
d'exercices personnalisé afin qu'il puisse continuer de
façon autonome à développer ses capacités
physiques. Par la suite, le professionnel continue à effectuer
un suivi avec le travailleur pour modifier le programme et ce,
dans le but de maintenir une progression des gains physiques. L'objectif
premier est de maximiser la capacité du corps à faire
face aux stress quotidiens dans le but d'éviter l'apparition
du même problème de santé (ou d'un nouveau)
et ce, en surpassant les exigences corporelles reliées à la
tâche. De cette façon, on évite de voir le
problème revenir comme une roue sans fin.
En
résumé
La clef du succès est d'agir dès
les premiers signaux d'alarme que donne le corps et surtout d'aller
dans la bonne direction. Considérant les nombreux types
de lésions possibles auxquels une entreprise peut faire
face, ainsi que les multiples causes possibles à l'origine
des symptômes, il est important que le travailleur blessé soit
dirigé vers une équipe de réadaptation multidisciplinaire
compétente qui saura déterminer la cause du problème
et établir un plan d'action adapté à ses
besoins. Ainsi, des solutions sur les plans de la rééducation
physique, de l'ergonomie et des méthodes de travail sont
apportées et des actions sont entreprises, considérant
les aspects psycho-sociaux du problème, et ce, en collaboration
avec le travailleur et son employeur. De cette façon, dans
un contexte d'entreprise, les coûts engendrés par
la blessure d'un employé sont largement diminués.
De plus, le travailleur retrouve, non seulement, sa capacité au
travail mais également sa liberté d'action !
Pour plus d’informations sur ce sujet, vous
pouvez rejoindre Yves Louchard, directeur de la
réadaptation physique chez Entrac experts-conseils au 1
877 621-5512 ou par courriel à yves@ientrac.com.
1-Réadaptation au travail (PRÉVICAP)
FRSQ Loisel P.(Université de Sherbrooke),
Gagnon D., Tremblay C, Durand MJ., Vézina N., Berthelette
D. |